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Jonathan Painchaud

Simplicité volontaire / La nostalgie camarade

Volubile, vif d’esprit, multipliant les anecdotes et les éclats de rire, Jonathan Painchaud est détendu. De toute évidence, le jeune homme angoissé et frondeur de l’époque dorée d’Okoumé est bien loin derrière. Attrapé au vol lors d’un blitz promotionnel signalant la sortie de son troisième album solo, La dernière des arcades, le Madelinot affiche un air serein et confiant. Parfaitement en paix avec lui-même, le jeune homme ? « Je ne te cacherai pas que je me pose encore beaucoup de questions, lance-t-il d’entrée de jeu. Tout au long de ma carrière, j’ai vécu des périodes pas faciles. Je me suis remis en question à quelques reprises, mais je n’ai jamais eu d’emploi de 9 à 5 de toute ma vie. Quel luxe ! Pour moi, la vie c’est de monter dans une Van, de faire une journée de route et de jouer devant un public, le soir venu. Si je ne fais pas ça, ma vie n’a plus aucun sens. Si on m’enlève la musique, on m’enlève tout ce qui compte. Pour l’instant, tout va bien ! »

Porte-parole de la deuxième édition du concours provincial de karaoké, collaboration entre la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec et la SOCAN, Jonathan considère que la relation entre les créateurs de musique et les propriétaires de bars s’est nettement améliorée au cours des derniers temps. Il raconte :

« J’ai plusieurs amis propriétaires de bars et j’ai découvert que la plupart d’entre eux étaient très sensibles à la cause des artistes. Ils comprenaient assez bien les enjeux. On a tous l’impression que la musique est gratuite parce qu’on l’entend à la radio. On croit qu’elle appartient à tout le monde, mais elle coûte tellement cher à produire et à promouvoir que tous les utilisateurs doivent mettre la main à la pâte. Ils n’ont pas le choix. »

Souhaitant rapprocher les deux parties et sensibiliser les intervenants à l’importance du droit d’auteur, Painchaud n’a pas hésité un instant lorsqu’on lui a proposé le mandat. « J’adore le karaoké ! Lorsqu’on parle de droits d’auteur et de rémunération, ça peut rapidement devenir ennuyeux. Une activité comme le karaoké permet de briser la mono­tonie. C’est tellement plaisant ! Devenir une vedette le temps d’une soirée, c’est quelque chose de vraiment génial. Mais entendons-nous, si on m’avait demandé de siéger à un conseil d’administration ou de commission, je n’aurais pas tenu le même discours ! » s’exclame-t-il.

Les premières années

Aujourd’hui âgé de 35 ans, Painchaud ne néglige pas l’importance des bars dans la progression de sa carrière musicale. Animé, le sourire aux lèvres, il raconte : « Lorsque j’ai commencé à jouer, il était nécessaire de dénicher un endroit où je pouvais emmener mes chums et où c’était abordable. Une place où il était permis de faire le party, de crier, de s’exprimer librement et où c’était accessible. Voilà l’atout principal, le charme des bars : leur accessibilité. Pour moi, c’est une grande qualité. Les bars, les cafés et les pubs furent mes premières vitrines. Tous ces endroits furent importants dans mon évolution. Ce qui était merveilleux, c’est qu’on me laissait jouer sans rouspéter. À une certaine époque, ces endroits constituaient 95% de mes spectacles. Évidemment, les choses ont changé, mais il ne faut surtout pas renier ses premiers pas. »

Celui qui a fait ses classes d’auteur/compositeur avec Plume, Renaud, Richard Desjardins et Bérurier Noir (groupe qu’il mentionne dans la chanson Toujours rebelle) a aussi écouté énormément de vinyles appartenant à ses parents : du Pink Floyd, du Beach Boys, du Led Zeppelin, mais aussi du Yes et du Crosby Stills & Nash. Aujourd’hui fan fini de Tom Petty, Painchaud se rappelle d’avoir vu circuler une kyrielle de légendes de la musique lorsqu’il était gamin. « Mon père opérait une salle de spectacle aux Îles-de-la-Madeleine. Il y avait un bed & breaskfast et une foule d’artistes couchaient chez nous. Le matin, je pouvais me lever et voir Oliver Jones derrière un piano ou alors Karen Young au micro. Même si, à l’époque, j’étais un jeune morveux qui écoutait du Iron Maiden et portait fièrement une coupe Longueuil, apercevoir ces légendes en chair et en os m’a profondément marqué, » estime-t-il.

Souvenirs souvenirs

D’ailleurs, la nostalgie et les souvenirs d’enfance et d’adolescence remontent à la surface et sont à l’origine d’une poignée de chansons de son nouveau compact, La dernière des arcades. Réalisé en collaboration avec Éloi Painchaud (son frère), l’opus ne risque pas de déstabiliser l’amateur. Même s’il n’est pas un avide gamer, Jonathan considère que le titre, en apparence anodin, possédait une profondeur indéniable. « C’était évocateur, puissant. Les arcades signifient la fin d’une époque. On tourne le dos à une période révolue. Aujourd’hui, avec les jeux en ligne, on n’a plus besoin de sortir de chez soi pour socialiser. Venant d’un petit village, l’arcade de mon quartier était le centre d’attraction, le lieu de rassemblement avec les chums. On y retrouvait toutes sortes de gens. C’était une bouillabaisse d’individus très hétéroclites : des jeunes, des vieux, des rockers, des sportifs, des nerds. Toutes sortes de classes sociales. Si tu étais un gamer tronche, tu devais te faufiler entre deux bums qui vendaient de la dope pour jouer ta partie ! L’idée m’est venue d’écrire une chanson sur le sujet, puis elle est devenue un ‘polaroid’ d’un vendredi soir à l’arcade, mais aussi de toute notre société, » avance-t-il, la voix vibrante.

Auteur, compositeur et interprète aguerri, Painchaud a toujours misé sur une plume rassembleuse.  Alors qu’il met de l’avant une simplicité volontaire sur La dernière des arcades et qu’il continue de chanter l’amour et les petits désagréments du quotidien, il dévoile également une âme nostalgique. « Pour cet album, il est vrai que j’ai
essentiellement puisé dans mon passé. Je trouve qu’il y a de la poésie dans les journées et le monde ordinaires. Bref, dans les petites choses de la vie. Je n’aime pas la poésie

abstraite, avec de grands concepts. Je préfère lorsque les gens se reconnaissent dans mes textes. Ça m’a toujours attiré. Parallèlement, j’accorde beaucoup d’importance à l’amitié. Ce qui me touche, ce sont les histoires qui arrivent à mes amis ou à moi-même. Toutes les petites luttes quotidiennes m’intéressent. J’essaie de construire mes personnages autour de gens dans mon entourage et de situations vécues. »

La route devant soi

Malgré les difficultés économiques et l’industrie du disque qui périclite dangereusement depuis quelques années, Painchaud ne s’inquiète pas outre mesure de la possibilité de temps durs à l’horizon. Il s’explique : « Tu sais, les deux périodes où j’ai connu le plus de succès étaient des temps d’incertitude, de récession. Je parle des premières années d’Okoumé ainsi qu’aujourd’hui. Même si les difficultés économiques se font ressentir, je suis quelque peu épargné par la tempête. Certes, je ne vis pas comme Bono, mais les choses vont bien. Évidemment, si on avait lancé le même disque il y a 15 ans, on en aurait peut-être vendu deux fois plus. Qui sait ? Il faut dire que les copies digitales n’existaient pas et que l’industrie de la musique fonctionnait autrement. Je parle de choses simples, humaines et vraies et je touche une corde sensible chez les gens. Ils semblent perméables à mon message même s’ils doivent se serrer la ceinture. »

Carburant à la passion musique, l’homme, plus fébrile au fur et à mesure que la discussion progresse, ne ferme pas la porte à une éventuelle réunion d’Okoumé. « Disons que ce n’est pas impossible, mais ce serait sûrement pour un seul événement ou une courte série de spectacles. Pas nécessairement pour un album. L’aventure Okoumé s’est terminée un peu abruptement. Il n’y a rien eu de concret pour souligner la fin. Ce serait bien de rectifier le tir, » avance-t-il.

Entre temps, en plus de poursuivre les activités de promotion entourant la sortie de son nouvel album, Jonathan multipliera les concerts aux quatre coins de la belle province. Ne souhaitant aucunement se reposer sur ses lauriers, il apprécie néanmoins le chemin parcouru jusqu’à ce jour. « J’ai établi des beaux liens avec une multitude d’individus. Ça fait du bien de voir qu’on est apprécié, que le travail et la bonne énergie ont rapporté des dividendes. C’est un beau parcours, mais je n’ai pas dit mon dernier mot. J’ai tellement hâte de remonter sur les planches. Ma valise est déjà prête ! Toute cette vie de tournée me manque beaucoup. J’ai envie de sauter sur scène et de déplacer de l’air ! » Attention : tornade à l’horizon.

Par Stéphane Martel

 

Par: admin

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